Mehdi Moatassim

Pour un avenir énergétique prospère, il faut doper l’investissement

Les questions énergétiques font l’actualité et suscitent beaucoup de débats partout dans le monde. Elles sont aujourd’hui au cœur des réflexions stratégiques des gouvernements et aux croisées des choix qui s’imposent aux entreprises et aux collectivités territoriales. Les objectifs des accords de Paris (COP 21), la loi de la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) et les ordonnances associées, avec les ambitions qu’ils affichent ainsi que les plans d’action qui les accompagnent, rendent les enjeux énergétiques de plus en plus complexes et l’avenir du secteur de l’énergie incertain.

Un secteur qui bouge

Avec l’urgence des enjeux climatiques, la remise en question du nucléaire, l’avènement d’une digitalisation massive, l’impact environnemental des énergies fossiles et le développement des énergies renouvelables et des technologies de stockage, personne ne peut prévoir à quoi ressemblera le paysage énergétique de demain. Seule certitude, c’est que tous ces facteurs imposent une reconfiguration permanente de l’ensemble de la chaîne de valeur et engendrent inéluctablement une transformation du positionnement des différents acteurs du secteur de l’énergie. Régulateurs, groupes industriels, producteurs, agrégateurs, distributeurs et fournisseurs se doivent de développer une vision stratégique qui embrasse toutes les dimensions de cette transformation avec un dosage intelligent des éléments catalyseurs des changements que connait désormais le secteur.

Un stimulus pour nos capacités d’entreprendre

L’avenir de l’industrie de l’énergie est à un tournant charnière de son histoire. Tous ces changements doivent stimuler notre capacité d’entreprendre. Si la transition énergétique oriente désormais la plupart des stratégies économiques et industrielles, elle ne doit cependant pas être considérée comme une fin en soi, mais une occasion de réinventer les modèles de croissance et de participer à renforcer l’indépendance énergétique de la France au regard notamment d’une forte dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis principalement du Moyen-Orient et de la Russie. Tout l’enjeu consiste à sécuriser l’approvisionnement tout en offrant aux entreprises et aux particuliers l’accès à l’énergie à coût compétitif.

Des capitaux à attirer et des investissements à encourager

Il est primordial de mobiliser des investissements massifs de long terme pour accompagner l’évolution des filières énergétiques. À l’instar des investissements privés dans les start-up de l’énergie américaines qui s’élèvent à des milliards de dollars, les partenariats public-privé devraient permettre dans un premier temps, à l’échelle européenne, de financer des projets à la fois complexes et ambitieux qui allient recherche et innovation industrielle. Il faut pour cela s’appuyer sur des coopérations offensives d’organismes publics et privés puissants et déterminés, capables de contribuer au développement de la filière énergétique. Ensuite, le développement technologique doit se poursuivre sur un large éventail de nouveaux concepts qui sauront équilibrer l’équation du mix énergétique (évolutions des parcs nucléaires, du thermique et des sources renouvelables) en plus de rendre plus performant le rendement des installations déjà existantes et en construire d’autres, encore plus compétitives. Ainsi verront le jour des champions européens de la filière énergétique capables de participer par la suite, à mettre en place des programmes d’attractivité internationale à destination des capitaux privés. C’est pourquoi aucune alternative ne doit être négligée et aucun choix ne doit être écarté. Ce n’est que par la combinaison de toutes les sources d’énergie possibles et grâce à des méthodes de production et d’exploitation efficaces que nous allons pouvoir tenir l’engagement à limiter le réchauffement climatique à 2°C puis réduire les émissions de gaz à effet de serre qui menacent monstrueusement notre planète et mettent la vie de millions de personnes en danger.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM), organisme de l’ONU, a dernièrement averti dans son bulletin annuel sur les gaz à effet de serre que la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, responsable du réchauffement climatique, a atteint un niveau record en 2016 et met en garde contre une « hausse dangereuse de la température ». Hélas, la situation risque de s’aggraver davantage dans les prochains mois avec le retrait précédemment annoncé des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat ; ce qui a permis la reprise de l’activité du charbon dans l’industrie américaine. Cet état des lieux alarmant devrait inciter l’humanité à concentrer tous ses efforts afin d’inverser cette tendance.

Dorénavant, tous les tabous doivent être levés si l’on souhaite aborder avec lucidité les sujets énergétiques. Les controverses entre ceux qui sont « en faveur de » et ceux qui sont « contre » telle ou telle stratégie, tel ou tel choix, doivent se dissoudre et laisser place à des débats constructifs. Nous avons besoin de solutions moins carbonées et de prendre des initiatives qui permettront d’insuffler de nouvelles politiques avec une vision large et pragmatique de l’avenir du secteur de l’énergie. Un monde rempli d’incertitudes, mais exubérant d’opportunités.

Blog moderation guidelines and term of use